La dernière admiratrice se plaça entre Tom et moi. Je ne fus pas surprit de voir mon frère et Georg lancer un regard furtif à sa poitrine qui était en partie dévoilée grâce à un décolleté exhubérant. Eux, ils adoraient ça, car généralement, il ramenait une de ces fans dans leur lit après le concert. Je me força à sourire pour la photo mais le coeur n'y était pas. Si j'avais pu, je serais resté auprès de Sara. La pauvre devait s'ennuyer à mourir à l'hôtel.
« Merci pour tout ! nous dirent les fans avant que Tobias les fassent sortir hors de la pièce.
- Pfff, c'est pas trop tôt, je soupira en m'affalant sur l'un des fauteuils tandis que Georg et Tom rentraient dans leur portable respectifs les numéros de téléphone des fans.
- On a rien d'autre de prévu avant le concert, j'espère ? demanda Gustav à Dunja.
- Non, vos prochaines interviews sont après, avec la remise des disques de platine. »
Ca me remit du beaume au coeur. Pour la première fois depuis des années, un groupe allemand avait vendu plus de 600 000 albums en France ! La remise de nos récompenses devait se faire dans la salle juste après le concert en présence de nombreux journalistes français.
« Tant mieux ! » marmona Gustav.
Il prit son I-pod et s'allongea dans un canapé et n'en bougea pas jusqu'à ce que Tobias reviennent pour nous annoncer que l'heure du concert était arrivée. Je me leva de mon fauteuil avec l'habituelle boule au ventre. Tandis qu'on se dirigeait vers la scène, j'entendis derrière moi Tom et Georg se donner mutuellement du courage. Devant moi, Gustav faisait ses échauffements, sautillant sur place de temps à autre. A présent, on entendais distinctement les fans nous réclamer à corps et à cris. Mon frère et Georg se turent aussitôt. On nous donna guitares, baguettes et micro puis on monta sur la scène rejoignant nos places respectives derrière le gigantesque rideau. L'intro du concert commença aussitôt et les hurlements redoublèrent, étouffés par mes oreillettes. Les premières notes de Ich Brech Aus s'élevèrent aussiôt des guitares de Tom et Georg, rythmées par la batterie énergique de Gustav.
Ce qui m'arrive, c'est de ta faute
Had das alles nie gewollt.
Je n'ai jamis voulu tout ça
Du lässt mir leider keine Wahl,
Malheureusement tu ne me laisse pas le choix
Das ist jetzt das letzte Mal,
Maintenant, c'est la dernière fois
Das letzte Mal.
La dernière fois.
Ich fühl mich,
Je me sens à l'étroit
Claustrophobisch eng.
Comme claustrophobe.
Mach platz,
Fais-moi de la place
Bevor ich mir 'n Ausweg spreng.
Avant que je casse tout
Du hälst,
Pour sortir d'ici
Mich nicht auf.
Ne me retiens pas
Ich brech aus !
Je me tire !
Quelque chose dans la foule attira mon attention. Je fixai une fille au premier rang devant l'avant-scène. Son visage m'était familier. Généralement, j'oubliais les visages des fans qui s'amassaient devant notre hôtel, à part celle que je voyais à chacune de nos venues. Tandis que je me rapprochais de Tom sous les clameurs du public, j'essayai de me rappeler où j'avais bien pu la voir. Et bientôt, le déclic : c'était l'une des filles qui étaient devant l'hôtel la veille. Elle m'avait frappée car elle avait regardé Sara se faire battre par ses deux tortionnaires sans bouger, se contentant de la considérer avec méchanceté. Mon regard ne pouvait se détacher du sien pendant que ma rage montait en moi petit à petit. D'ailleurs, elle avait remarqué que je la fixais depuis quelques instants car elle se retourna vers sa voisine et me pointa du doigt, l'air surexcité. Une idée lumineuse mais assez dangereuse pour moi me traversa l'esprit. Je me détourna de Tom et traversa la scène vers Georg. Il me jeta un regard complice comme à chaque fois que je m'arrêtais à côté de lui, le visage à demi caché derrière un rideau de cheveux. Contrairement au programme établi du concert, je me déplaça vers l'avant-scène. Du coin de l'oeil, je vis mon frère me suivre du regard avec étonnement. J'avançai lentement vers la plateforme. Autour de moi, c'était de la folie : les fans se bousculaient, s'injuriaient, pleuraient de douleur ou de joie. Des dizaines de flashs crépitaient autour de moi, m'aveuglant à moitié. Mais je persistai à marcher droit devant moi, évitant les nombreuses peluches qui jonchaient le sol. Je m'arrêtai au bord de la plate-forme et mon regard se baissa vers les filles agglutinées devant moi. Mes yeux plongèrent dans ceux de la fille. Elle tendait son numérique devant elle et me mitraillait frénétiquement, un sourire béat sur les lèvres. Je me penchai vers l'avant, ignorant les regards ahuris de Tobias et des autres vsd. Je tendis ma main aussi loin que je le pu et éffleura celle de la fille. Tout bascula : l'expression de son visage passa de l'allégresse à la douleur puis vint la terreur. Un impressionnant mouvement de foule vers l'avant comprimait les fans du premier rang qui se tordaient de douleur, la barrière métalique s'enfonçant peu à peu contre leur abdomen. Malgré la musique, j'entendis distinctement la fille pousser des gémissements de douleur, le visage baigné de larmes. Et j'en éprouvais aucun remord.
C'est le dernier jour...
Mercredi 4 février 2008 - Entre Paris et l'hôtel
Depuis 20 minutes, le van nous ramenait à l'hôtel et depuis 20 minutes, Dunja me hurlait dessus. Elle pouvait enfin faire exploser sa rage après l'avoir contenue pendant des heures. Vu que la remise des disques de platine s'étaient faite dans notre loge aussitôt après le concert en compagnie d'une vingtaine de journalistes, elle n'avait pas pu s'exprimer librement. Elle s'était contenté d'un « on en parlera plus tard. » dès notre sortie de scène. Tom, Georg et Gustav n'avaient pas eu le temps de dire ce qu'ils pensaient eux aussi. Mais il pouvaient s'en passer : le savon de Dunja remplaçait celui d'au moins 30 personnes tant sa voix était perçante.
« A CAUSE DE TOI, 30 FILLES ONT DU ÊTRE EVACUEES EN 5 MINUTES !!! TU NE TE RENDS PAS COMPTE DU BOULOT QUE CA A DONNE AUX VIGILES !!!
- C'est la même chose à chaque concert ! m'écriais-je, arrivant enfin à en placer une parmi tous ces reproches. Ils sont habitués !
- HABITUES ?!?! répéta Dunja, totalement scandalisée. HABI...
- C'est leur lot quotidien ! l'interrompit David. Cesse donc de lui gueuler dessus, je pense qu'il a comprit qu'il avait tord... »
Le reste du voyage se fit dans une atmosphère tendue. Dunja ne cessait de me lancer des regards assassins. Mais je ne lui en voulais pas, je sais qu'elle avait dû avoir une sacrée frousse à me voir me pencher au dessus de la foule. David n'en pensait pas moins mais il était beaucoup moins expressif que Dunja. Il s'était contenté de deux ou trois réflexions. Le van s'arrêta devant le château où ne brillait que quelques fenêtres. Je prit mon sac, enfila ma veste en cuir et sortit le premier du van. J'avais besoin d'être seul après tout ça. Je montai au chateau sans avoir eu à subir d'autres reproches.
Mercredi 4 février 2008 - A l'hôtel
« Bill ? »
Il releva la tête et son visage s'éclaira aussitôt en me voyant.
« Salut ! Comment vas-tu ?
- Je vais bien mais toi ça n'a pas l'air d'être le cas... »
Bill regarda la porte face à la mienne où dormait Dunja.
« Allez, viens. » dis-je en le laissant entrer.
J'enleva toutes les feuilles qui jonchaient mon lit et lui fit signe de s'assoir.
« Pourquoi vous vous disputiez ? »
Bill me raconta ce qui s'était passé au début du concert. Lorsqu'il eu terminé, il me regarda avec un sourire crispé.
« Ne m'engueule pas ! Je l'ai suffisament été aujourd'hui pour toute une vie ! »
On éclata de rire.
« Elle s'est seulement inquiétée pour toi, voilà tout ! dis-je lorsqu'on eu reprit notre sérieux. Mais c'est vrai que c'était dangereux ! Qu'est-ce qui t'as prit ? »
Il se mit à mordiller sa lèvre avec nervosité. De toute évidence, il me cachait quelque chose qu'il n'osait pas me révéler.
« Il y en avait une dans le public
- Qui ça, "une" ?
- Une des filles... de l'hôtel. »
Je le fixa, ne comprenant pas.
« Mais Bill, elles ont toutes les deux été arrêtées...
- Elle était là quand ça s'est passé mais n'a rien fait ! s'écria Bill avec rage. Elle les a regardé te tabasser ! Je ne pouvais pas supporter de la voir au concert alors qu'elle t'avait fait du mal ! Il fallait qu'elle paye !
- Mais... elle aurait pu être blessée !
- Elle n'a rien, trancha Bill. On est tout de suite informé si des fans sont hospitalisés après un concert. On se débrouille pour leur faire parvenir une lettre. Si ça avait été le cas, je l'aurais su. »
Je me leva et me mis à marcher de long en large, totalement ébahi. Bill me suivit du regard, inquiet.
Il avait fait ça pour moi. La manière dont il s'y était prit était assez violente mais il avait fait ça pour moi ! N'était-ce pas une preuve qu'il m'aimait ? Aussitôt que j'eu cette pensée en tête, l'image de Marcus me vint à l'esprit. Mais après toutes les épreuves que j'avais subi, je me rendis compte que j'aimais l'homme assis dans ma chambre d'hôtel. Je ne le connaissais que depuis seulement quelques semaines mais je l'aimais. Et désormais, je savais que c'était réciproque.
Impressions ?
La vengeance de Bill a sonné ! Que pensez-vous de son comportement ? Bien, pas bien ?
Maintenat, vous savez que Sara et Bill éprouvent les mêmes sentiements l'un pour l'autre !
Ils doivent désormais passer à l'acte mais ça, c'est une autre histoire !